Le Canada fait fausse route en abandonnant l’Afrique, selon Jean-Louis Roy

L’Afrique entre dans un moment crucial de son histoire. Le contexte mondial lui est aujourd’hui favorable, ce qui lui permet de se penser hors de la dépendance. Voilà un thème qui se dégage fortement de l’ouvrage Ma rencontre avec un continent : Écrits sur l’Afrique 1971-2011 de l’historien, journaliste et diplomate Jean-Louis Roy.

Lancé à Montréal le 12 avril dernier par Les éditions feu de brousse (Dakar, Sénégal), ce livre rassemble l’essentiel des interventions sur l’Afrique de celui qui fut notamment secrétaire général de l’Agence de coopération culturelle et technique (aujourd’hui l’Organisation internationale de la Francophonie), délégué du Québec à Paris et directeur du quotidien Le Devoir.

Mêlant textes de réflexion, entretiens, récits et poèmes, Ma rencontre avec un continent raconte l’affection d’un Québécois pour l’Afrique et la relation autrefois « tissée serrée » entre le Canada et ce continent. « Les Africains étaient autrefois des alliés indéfectibles du Canada, ce qui n’est plus le cas comme on l’a vu lors de la défaite du Canada pour un siège au Conseil de sécurité à l’Organisation des Nations Unies », rappelle Jean-Louis Roy.

Pour l’auteur, cette relation doit être cultivée plutôt qu’abandonnée : « La politique actuelle du Canada consiste à se désintéresser de l’Afrique. Le gouvernement a décidé de transférer l’aide internationale vers l’Amérique du Sud et les Caraïbes. Il a également fermé des ambassades canadiennes en Afrique et organise très peu de missions ministérielles sur ce continent. À mon avis, c’est une erreur profonde, qui comporte de nombreuses implications, tant d’un point de vue économique, politique que culturel », avance l’historien.

Le développement économique du Canada passe aussi par l’Afrique
Dans vingt ans, 50 % des Africains rejoindront les rangs de la classe moyenne et 70 % vivront en ville. Les besoins en infrastructures se feront donc criants et le marché de consommateurs sera en pleine ébullition.

Comptant d’importantes ressources naturelles, l’Afrique attire des multinationales venues de la Turquie, de l’Iran, du Japon, de la Chine et de l’Inde. Plusieurs organisations québécoises participent à des projets de développement en Afrique depuis plusieurs décennies, choix qui s’est avéré très rentable pour elles. Cependant, le retrait actuel du gouvernement canadien en Afrique place nos entreprises dans une situation de concurrence défavorable, croit Monsieur Roy.

L’avenir du français dans le monde
Enfin, d’un point de vue culturel, l’avenir du français passe par l’Afrique. Sans l’Afrique, la langue française sera vraisemblablement parlée par 100 millions de personnes en 2025. Avec l’Afrique, on parle plutôt d’un demi-milliard de Francophones, rapporte Jean-Louis Roy. Pour le Québec, il s’agit là d’un important bassin d’immigrants. En resserrant ses liens avec l’Afrique, le Canada renforce sa position économique et géopolitique, en plus de contribuer à la vitalité du français dans le monde.

Alors que le monde a de plus en plus besoin de l’Afrique, le Canada peut-il se permettre de s’en éloigner? Pour cet observateur de notre époque qu’est Jean-Louis Roy, la réponse est clairement non.

Ma rencontre avec un continent : Écrits sur l’Afrique 1971-2011, Les éditions feu de brousse, 636 p.

Pour en savoir plus: